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mercredi, 14 juin 2006

Escaliers de Montréal

Les escaliers de Montréal
Photo François Hogue



Venise a ses canaux, Paris sa tour Eiffel. Montréal a ses escaliers extérieurs, comme un reflet de la cité-mosaïque qu’est actuellement cette ville. Voici ce que vous avez toujours voulu savoir sur cette curiosité architecturale…


« Pourquoi, dans un pays de neige et de glace comme le vôtre, avoir construit ces successions d’escaliers pour relier la rue aux logements du deuxième et parfois du troisième étage ? » Telle est la question la plus fréquemment posée aux Montréalais. Ces escaliers qui paraissent si incongrus et pour lesquels ils nourrissent un mélange d’amour et d’exaspération témoignent en fait d’une adaptation aux réalités d’une époque…

Objets de curiosité

Qu’ils soient simples, doubles, jumelés ou en rangée, qu’ils soient en échelle, à quartier tournant, en spirale, en colimaçon, au gracieux déhanchement ou au tortillement mathématique, en forme de L, de S ou de T… ils étonnent. Ils peuvent être humbles ou somptueux, discrets ou flamboyants, gris souris, jaune d’or, vert émeraude… Lorsqu’un chat dort sur leurs marches, qu’un écureuil trotte sur leur rampe la queue en l’air ou qu’une bicyclette y est coquettement appuyée, ils sont abondamment photographiés. Sous un épais manteau de neige, ils peuvent aussi ressembler à une descente de toboggan. Et on rit beaucoup lorsque quelqu’un, sous l’effet du verglas, les descend alors qu’il voulait les monter…

Au printemps, les Montréalais lavent et astiquent ces escaliers : ils effacent ainsi toute trace de l’hiver et leur rendent, à coup de pinceaux, une nouvelle jeunesse. Chacun compare le sien avec celui des voisins et fait de nouveaux plans pour l’embellir. À l’automne, il faut sortir le balai car les feuilles humides sont redoutables pour l’élégante qui se hasarde avec des talons. Quand vient l’hiver, on veille à en protéger les parties métalliques, car la rouille est l’ennemi numéro un de l’escalier en fer forgé. Contre le verglas, il faut vérifier que l’on a bien sa réserve de sable ou de sel et que les pelles en bois ou en plastique sont toujours à portée de main. Puis, chaque soir, la féerie des escaliers et des balcons illuminés de milles petites lumières scintillantes, de Pères Noël brillants et de guirlandes rouges ou vertes rappelleront que le temps des fêtes approche.

Les escaliers et les balcons qui les prolongent sont la vitrine de chaque foyer. Les Montréalais y affichent leurs convictions religieuses ou politiques, ce qu’ils veulent montrer aux autres de leurs goûts, de leur façon de vivre ou de leur richesse. Les escaliers deviennent alors porte-drapeau ou support d’affiches, tonnelles recouvertes de vigne comme dans les pays méditerranéens ou supports de constructions de bois au moment de la Fête des cabanes. Ainsi va la vie sur le Plateau Mont-Royal et dans les quartiers de Rosemont, Petite-Patrie, Villeray, Ahuntsic…

Gagner de la place

Ce n’est pas dans les livres d’histoire que l’on trouve la réponse à cette question qui semble accaparer l’esprit des touristes. Mais il faut savoir qu’avant le milieu du XIXe siècle, la population de Montréal vivait la plupart du temps dans des maisons unifamiliales au centre d’un terrain. La poussée démographique a progressivement incité à construire des maisons dites « en rangée », abritant, comme en Angleterre, une même famille sur plusieurs étages. Ces constructions, souvent en pierre, parfois en brique, pouvaient avoir un escalier extérieur menant à l’étage de réception : premier ou rez-de-chaussée surélevé.

Mais, vers la fin du XIXe siècle, avec l’arrivée massive d’une population rurale venue en ville pour travailler dans les usines, il fallut construire pour loger des familles souvent nombreuses, en optimisant l’utilisation de l’espace habitable. Phénomène rare en Amérique du Nord dans l’histoire des villes, on a planifié, délimité des lots, standardisé la construction pour bâtir vite et à moindre coût. On édifia donc des maisons en rangée à deux, parfois trois, étages, occupés chacun par une famille. Pour minimiser les frais d’entretien et de chauffage, la largeur des façades fut réduite, les appartements construits en profondeur. Conscients que la cage d’escalier entamerait l’espace habitable, les constructeurs installèrent les escaliers à l’extérieur – comme un rappel de l’échelle qu’on retrouve dans l’histoire de beaucoup de villes.

La construction d’escaliers en façade a été interdite en 1940 pour des raisons de sécurité et peut-être aussi parce qu’on les associait à une pauvreté dérangeante. Les logements populaires se sont embourgeoisés et aujourd’hui, afin de conserver l’harmonie architecturale dans ces quartiers, la loi oblige les propriétaires à les entretenir. Si un jour vous passez par Montréal, n’oubliez pas de parcourir à pied les rues calmes des quartiers du Plateau Mont-Royal, Rosemont, Petite-Patrie, Villeray, Ahuntsic… Vous y verrez un reflet de l’histoire de la ville et y rencontrerez sans doute des « gens de paroles », qui, comme le dit Gilles Vigneault, « parlent pour parler »…

Texte de Françoise Ligier
Photo de François Hogue

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Commentaires

Ahh Montréal....

Sans parler de l'ambiance des ruelles, un vrai microcosme au coeur du coeur du coeur du quartier (bon je vais pas étaler mes cours d'archi...)...bouhh!

A chaque promenade, on savoure le plaisir de découvrir les coins et recoins de Mtl!Dans mon palmarès des rues et quartiers : je mettrais en-tête (sur le plateau of course) la rue Duluth, la rue Roy et la rue Laval , les mini-parcs dans le Village Gai (j'adooore ), la rue Bernard à Outremont, la rue Laurier du Mile-End, le marché Jean-Talon (la petite Italie entièèrement avec ses resto à vins).....j'attends le beau temps pour "cyclister" du côté du Canal Lachine ...

Bonne semaine à toi Lilia

Écrit par : jogany | mercredi, 14 juin 2006

Coucou Jogany, sympa ta liste : je vois que tu maîtrises ton quartier !!! Et tu ne parles pas de la rue du Prince Arthur avec le parc au bout et le carré Saint-Louis ?!! ;-))

Écrit par : Lilia | jeudi, 15 juin 2006

ouahhh
trés beaux ces escaliers
mais avec mes courses de la semaine pour ma tribu je me vois mal habiter là!!!!!!!
jolie ma balade dans les rues de Montréal aussi à mon tour de t"inviter ....
alors tu viens te balader dans la Montagne d'Ambre avec moi .....
VELOMA

Écrit par : dite | jeudi, 15 juin 2006

Très pittoresque en effet et merci de cette histoire du Quebec

Écrit par : kipik | jeudi, 15 juin 2006

ho non lilia..."been there done that"...la rue Prince Arthur me fatigue.....sinon j'ai oublié le parc Lafontaine ...honte à moi.....ah la la Montréal en été, qu'est-ce qu'on se régale!! (Résultat de 6 mois d'hibernation...il faut exploser quelque part non?)

Bonne journée!

Écrit par : jogany | jeudi, 15 juin 2006

Dite, superbe ton reportage sur Diégo Suarez. Merci !

Kipik, Merci de ta visite et j'ai à mon tour apprécié ta citation :
Si les joues de grand-mère sont un peu fripées, c'est d'avoir reçu trop de baisers (Jean Gastaldi) http://leblogakipik.hautetfort.com/archive/2006/06/15/grand-mere.html

Jogany, tu y es allée trop souvent ?!! Par contre, le Parc Lafontaine n'est pas sur mon passage, j'y suis jamais allée. Notre dada, c'est l'île-de-la-visitation à 5 minutes de chez nous http://lilia.hautetfort.com/archive/2006/04/10/ile-de-la-visitation.html
Aussi le Parc Jarry, et récemment les abords du Canal Lachine. J'aime beaucoup aussi Ste-Anne-de-Bellevue avec les yatchs !
En fait je crois que j'ai une attirance pour les endroits avec un plan d'eau...

Écrit par : Lilia | jeudi, 15 juin 2006

Moi ca me fais plûtot penser à toutes ces comédies romantiques ( lool et oui chacun ses références ^^).

Écrit par : Many | vendredi, 16 juin 2006

ça a leurs charmes ces escaliers, mais dis moi, y a t il aussi des vieux escaliers de secours tout rouillés derrière les immeubles comme aux USA ?

Les ordonnancements créent un certain charme dans l'architecture d'un quartier. Et il est vraiement dommage que de nos jours on construit sans tenir compte de l'ensemble existant. Ce qui nuit à la beauté de la rue entière.

Écrit par : Patatras | samedi, 17 juin 2006

Les escaliers rappellent enormement les brownstones de Manhattan et les Federal Rowhouses de Washington DC.

Écrit par : sipakv | lundi, 19 juin 2006

Many > c'est vrai que ça ressemble à la rue de Meg Ryan dans "You've got mail".
En plus, c'est aussi jolie en vrai.

Patatras > oui, le Canada et les USA ont la même législation pour les bâtiments : obligation d'avoir une sortie de secours à l'arrière. Donc les vieux bâtiments ont tous ces fameux escaliers tout rouillé derrière, les nouvelles constructions ont intégré l'escalier de secours à l'intérieur dans le style européen. Donc toutes ces maisons dont j'ai mis la photo en lien ont toutes un autre escalier à l'arrière, (mais beaucoup moins beaux) Et les résidents ont l'obligation de les entretenir et de les déneiger en hiver. Ils peuvent avoir une amende sinon.

Sipakv > Je ne connais pas Washington mais je me souviens bien des logements sur Manhattan et les beaux quartiers de Brooklyn. J'aime le cachet ancien quand il est bien entretenu. Ta petite maison a-t-elle une architecture particulière ?

Écrit par : Lilia | lundi, 19 juin 2006

Hey, quand j'habitais New York, je passais tres souvent dans le quartier de "You got Mail", le film entier s'est tourne dans l'Upper West Side !
Ma petite maison a ete construite dans le style Georgetown townhouse (d'apres l'agence immobiliere)! Georgetown est un vieux quartier de Wash DC, avec des rues pavees et des townhouses anciens tres bien entretenus pour la plupart.

Écrit par : sipakv | mardi, 20 juin 2006

Lilia,
Tu as des photos de portes de Georgetown sur mon blog:
http://gasycool.com/wordpress/?p=126
http://gasycool.com/wordpress/?p=127

Écrit par : sipakv | mardi, 20 juin 2006

Ouaaahh je suis allée sur tes liens, c'est splendide ! La corniche en purple en jète particulièrement.
Je ne comprends pas que je n'aie pas vu ces photos sur ton blog en décembre ?!!
Merci, une image vaut 1000 mots.

Écrit par : Lilia | mardi, 20 juin 2006

Lilia, avec plaisir!
Tu n'as pas vu ces photos, peut-etre parce que je ne les ai toujours pas classees parmi mes categories???
Il va falloir que je m'y mette serieusement un jour.

Écrit par : sipakv | mercredi, 21 juin 2006

Que de souvenirs...
Mon dernier appartement à Montréal était à Jean-Talon (Berri et De Castelnau plus précisément...). Lorsque je suis retournée l'été dernier présenter mon mari à mes amis, et "ma" ville à mon mari, nous étions un peu plus haut dans Villeray... avec ballades quasi quotidiennes au marché Jean-Talon.
J'ai déjà lu ta note il y a quelques jours, je n'ai pas pu commenter tout de suite; cela me rend tellement nostalgique...

Écrit par : Yedidia | jeudi, 22 juin 2006

Merci Yedidia, je vais au marché Jean Talon environ tous les 10 jours. Je ne m'en lasse jamais !! Mais je suis sure que le coin ou tu vis en ce moment doit être bien aussi ;-))

Écrit par : Lilia | samedi, 24 juin 2006

Je lis le commentaire de jogany et je suis nostalgique de cette merveilleuse ville...
J'ai tellement hâte d'y retourner.

Écrit par : livre album photo | jeudi, 23 septembre 2010

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