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lundi, 21 avril 2008

Le travail des enfants

La société nord-américaine me fait parfois rire. Elle veut donner des leçons au reste du monde et prétend être un exemple de qualité de vie. Mais elle est pleine de contradictions.

Tenez, l’autre jour, je fais mes courses chez Maxi & Cie, une grosse chaine d’hypermarchés au Canada. Arrivée à la caisse, je vais pour ranger mes articles quand un enfant de 10 ans (12 ans max) me demande si je veux bien qu’il emballe mes courses. Je le regarde et je constate qu’il porte un autocollant sur son tee-shirt rouge. Ils sont une bonne dizaine, un à chaque caisse, ils travaillent pour ramasser des fonds pour leur école, pour un projet trucmuche (il y a toujours une bonne raison). Évidemment, il me demande avant de se jeter sur mes courses pour avoir la garantie que je donnerai la pièce après, idéalement un ou deux pièces de 2$.

Une autre fois, c’est au Cinéma Guzzo. Tous les guichets sont tenus par de jeunes ados qui commencent à 14 ans. Cette fois-ci, ce n’est pas exceptionnel. Il parait qu’ils font ça l’été et qu’il leur faut l’autorisation des parents à cet âge-là. Parce qu’à 16-17 ans, plus besoin d’autorisation, c’est commun. D’ailleurs presque tous les jeunes à 18 ans travaillent déjà dans ce pays, au moins l’été. Chez Mac Do, chez Tim Hortons, dans les magasins de vêtements et même comme réceptionniste ou coursier dans les bureaux.
Quand ce n’est pas des oranges ou du chocolat qu’ils vendent à qui veut bien acheter.

On plaint les pays du tiers-monde qui font travailler leurs petits. On se dit pays développés à haut niveau de vie. Mais le système est tellement orienté vers l’argent et la société de consommation qu’on ne trouve rien à redire au travail des enfants quand ça se passe chez nous ? Peut-être parce qu’ils le font volontairement et qu’ils disposent de leur argent ? Mais pour moi, les parents qui laissent faire ici, c’est assez comparable au comportement des parents dans les pays qui exploitent les enfants. À la limite, eux le font pour survivre tout simplement.

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Commentaires

Bonjour Lilia,
ton texte m'a vraiment fait sursauter. Peut-être parce que le sujet m'interpelle doublement : d'abord parce que je travaille pour un organisme de coopération internationale qui fait de l'éducation auprès des jeunes afin que les conditions de vie des pays en voie de développement s'améliore, entre autres en rendant l'édcation accessible à tous les enfants et en dénonçant le travail des enfants, ensuite parce que je suis très favorable à ce que les adolescents occidentaux aient un petit job à temps partiel !!!!

Je commence par la fin : j'ai commencé à garder des enfants, quelques heures par mois, vers 12 ans environ. Puis, juste avant d'avoir 16 ans, j'ai commencé à travailler le samedi dans une pâtisserie. Pour moi, c'est indispensable que les ados d'ici connaissent la valeur de l'argent et la satisfaction du travail bien fait et rémunéré. Pas question de quêter de l'argent de poche aux parents ad vitam eternam. Et quand le jeune adulte obtient un emploi de professionnel, il sera pour toujours respectueux des caissières, commis et autres serveurs pasrce qu'il saura ce que c'est. Bien entendu, tout est pour moi une question d'équilibre : je connais aussi des ados qui travaillent tous les soirs et toutes les fins de semaine pour s'acheter une vouture à 16 ans et dont les études en pâtissent. Mais entre cet extrême et ma petite histoire personnelle - je travaillais 8 heures/semaine, ce qui me laissait du temps pour les études et les loisirs, et je me suis ainsi payée une partie de mes vacances en Europe avec les sous - il y a un monde. J'ai vite appris à être responsable et autonome. J'achetais mes livres, disques et vêtements usagés et gardais les sous pour de grands projets.

Tu parles de jeunes qui font de l'emballage pour une bonne cause. S'il s'agit d'une activité occasionnelle, où les jeunes sont fiers de s'engager dans une démarche de solidarité, n'est-ce pas au contraire très formateur ? Et entre faire du porte-à-porte - quêter, en quelque sorte - pour faire une collecte de fonds, n'est-ce pas une expérience plus formatrice que d'organiser un bazar, par exemple ? Pour côtoyer chaque année des dizaines de milliers de jeunes de 12 à 17 ans (voir http://unefamilledelaterre.hautetfort.com/archive/2007/08/09/une-minute-de-silence-15-000-jeunes-rue-sainte-catherine.html), qui s'engagent dans des projets de solidarité internationale, je peux dire que ceux-ci sont parmi les plus épanouis, plein d'espoirs, créatifs et fiers d'eux. Ils sont acteurs du monde dans lequel ils veulent élever leurs enfants plutôt que spectateurs d'un monde injuste et inéquitble. Ils changent le monde un geste à la fois, et je les estime plus que tout !

Quand on parle de travail des enfants dans le Sud, on parle d'ateliers de misère (http://www.ciso.qc.ca/ateliersdemisere/accueil), d'enfants esclaves dans les plantations de cacao en Côte d'Ivoire, d'enfants soldats en RDC, d'enfants orphelins forcés d'être domestiques, etc. Je ne suis pas à l'aise avec le fait de comparer ces situations avec une "jobine" d'étudiant au Québec !

Ouf j'ai été longue mais je me sentais vraiment interpellée ! Je crois que dans le cas que tu nommes, tout est une question d'équilibre. Il se peut en effet que dans certains cas ce soit beaucoup trop. Mais travailler l'été à 16 ans peut aussi signifier être moniteur dans un camp de vacances - une des plus belle expérience de vie qui soit !

Marie :)

Écrit par : Marie l'urbaine | mercredi, 23 avril 2008

Marie, merci de cette intervention instructive :D
Tu nuances mon propos et je suis ravie de lire des expériences aussi positives que la tienne. Mais je reste quand même assez perplexe sur l'argumentation "d'apprendre la valeur de l'argent" aux enfants. Je pense qu'on touche du doigt là un problème de l'Amérique du Nord où l'argent est roi. On l'apprend trop tôt aux enfants et ça fait un monde où le matérialisme domine, tout est évalué en dollars.
Tu demandes à un enfant des invités de t'aider à essuyer la vaisselle et il te demande combien tu lui donneras pour ça... Ça fait cliché mais on n'en est pas loin.

Moi aussi j'ai travaillé à 18 ans l'été, j'en étais fière, mais pas avant, pas à 10 ans même à temps partiel.
J'ai peut-être un discours qui te choque mais j'ai vécu ailleurs où l'argent ne domine pas encore autant. Où les enfants jouent encore beaucoup à 12 ans. Je pense qu'on peut encore inculquer des valeurs comme le respect et l'amour du travail bien fait, sans avoir à le monnayer si tôt.

Écrit par : Lilia | mercredi, 23 avril 2008

Je suis ravie de notre échange et de nos visites sur nos sites respectifs ! :)

Je suis 100% d'accord avec ce que tu dis : on inculque aux enfants que tout se monnaie, et c'est absolument néfaste. Faire sa part dans la maison, rendre service ne signifie pas pour autant qu'on sera récompensé par des espèces sonnantes et trébuchantes !

Par "connaître la valeur de l'argent", je ne parlais de la valorisation de l'argent. Je voulais dire que les ados ont tendance à tout vouloir, tout de suite. Ils veulent les gadgets les plus récents, les vêtements griffés, etc., et les exigent à leurs parents. Savoir qu'une heure de travail vaut x$, ça relativise l'harcèlement aux parents pour qui'ils achètent les innombrables objets désirés. C'est donc justement pour mettre la pédale douce à notre société matérialiste de surconsommation que je trouve important que les jeunes travaillent - un tout petit peu. J'ai enseigné 4 ans au secondaire et j'ai vu comment les jeunes veulent que tout leur tombe du ciel. À un jeune qui se plaignait de l'école obligatoire, je lui avais expliqué que c'était un fondement de la démocratie - que le gouvernement protégeait ainsi les jeunes. Ce à quoi mon élève a rétorqué : "Si le gouvernement veut mon bien, il n'a qu'à m'acheter un char à Noël !" Il avait 14 ans... (J'en suis encore traumatisée...) :) Autre phrase-choc : je présente Nelligan comme le plus grand poète du Québec, alors les mains dans la classe se lèvent en grand nombre. Je pense avoir piqué leur curiosité mais la question qu'ils ont à me poser m'a sciée : "Il doit être riche, alors ?!" Et moi de répondre : "euh.. il est mort dans un hôpital psychiatrique, méconnu, anonyme..." Ouch !

Heureusement qu'il existe encore des coins de pays où les enfants jouent encore à 12 ans et où l'argent ne domine pas la vie. Tu sais, où je travaille, nous organisons chaque année un Concours international de jouets fabriqués à partir de matériaux récupérés, dont l'objetif principal est de valoriser la créativité des jeunes du monde entier. Nous recevons des jouets de plusieurs pays... dont de magnifiques de Madagascar ! :)

Écrit par : Marie l'urbaine | mercredi, 23 avril 2008

mais, si nos enfants y travaillent si jeunes, "pourquoi immigrer au Canada" ?

Écrit par : Rajiosy | mercredi, 23 avril 2008

@ Marie. Là tu illustres mon propos par des exemples concrets !
Permettre aux enfants de travailler si tôt va, certes, leur donner le sens de la valeur en $$ des choses mais ne résoud pas le problème du système matérialiste, tourné vers l'amour de l'argent. Au contraire, il l'entretient à fond à mon avis. Je connais des parents qui refusent que leurs enfants travaillent avant 18 ans pour essayer d'endiguer cet état d'esprit. Essayer de passer plus de temps plutôt avec eux, de leur apprendre les plaisirs simples de la nature et des petites choses qu'on n'achète pas forcément au centre d'achat (mais ça tu le sais déjà ;))
Je dirais en fait que ta vision des choses (que je rencontre avec une certaine catégorie de Québécois que j'admire) est le contre-pouvoir de ce système à la dérive. Des projets et les associations comme tu mentionnes sont un effort remarquable dans cet océan d'indifférence.

@ Rajiosy. :) C'est un des revers de la médaille. À ça tu ajoutes l'individualisme notoire que mentionnaient Jogany et Miangaly. Puis le résultat, c'est que je n'ai jamais vu autant de personnes sous pilules qu'ici. Des dépressifs dans toutes les couches de la société (oui oui, pire qu'en France)... Tiens ça me donne une idée de post.

Écrit par : Lilia | jeudi, 24 avril 2008

Tu me fais réfléchir Lilia ! Je vais repenser à ces parents qui essaient d'endiguer cet état d'esprit en refusant que leurs enfants travaillent... Les ados que je connais qui ne travaillent pas du tout et dont les parents paient toutes leurs dépenses ont une relation irréaliste avec l'argent, mais là tu me fais réaliser qu'il y a sûrement d'autres familles pour lesquelles cela fonctionne ! Merci !

J'avais oublié de dire que je suis "un cas particulier" ! Enfant, je fréquentais une école alternative au primaire, où nous étions très autonomes et responsables (ex. nous devions offrir des ateliers aux plus jeunes). À la maison, j'avais un petit budget mensuel (de l'argent de poche quoi), un compte de banque et je faisais moi-même mes petits achats (ex. du papier à lettre pour écrire à une correpondante) et même les cadeaux de Noël que j'offrais aux membres de ma famille. J'adorais cette autonomie, cette responsabilité mais aussi cette possibilité de choisir... Il y avait beaucoup de fantaisie chez moi. J'étais une enfant "responsable" mais qui avait BEAUCOUP de plaisir !!! Alors, de travailler quelques heures/semaine, c'était l'étape évidente pour moi, quand j'ai eu 16 ans. Je me préparais déjà à faire le tour du monde ! :)

Écrit par : Marie l'urbaine | jeudi, 24 avril 2008

On ne peut pas dire que les commentaires soient ennuyants ici !!!

C'est la démonstration une fois de plus que c'est à se parler qu'on se comprend ! Je vois que les propos sont nuancés parce que chacun et chacune écoute vraiment l'autre. Je rajouterai que la famille qui réfrène ses enfants de ne pas travailler avant l'âge de 18 ans pour leur faire voir et vivre autre chose, c'est surtout le principe qui sous tend tout ça qui porte loin et haut. Restreignons nos enfants de travailler avant 18 ans sans leur transmettre rien en retour, et cela n'aura pas la même portée. Voilà pourquoi, à mon avis, ce même enfant travaillerait à 16 ans que ce ne serait pas si grave car il serait conscient des autres valeurs que l'argent. La valeur $$ ne serait pas en tête, comme une nouvelle divinité quoi !

Écrit par : Venise | jeudi, 24 avril 2008

Mes enfants s'occupent un peu durant les fêtes de fin d'année, entre 12 et 16 ans environ.
Dans un magasin ils préparent les paquets cadeau pour les gens qui le demandent, et les clients leur laissent une pièce où un billet parfois.
Les enfants sont heureux comme des rois, ils s'occupent gentiment et dépensent leur argent avec bonheur.
Je ne vois pas ça comme un travail réellement, c'est une occupation gratifiante.

A bientôt Lilia

Écrit par : Marie Bland | vendredi, 25 avril 2008

Le travail rémunéré occasionnel est bénéfique, responsabilise et vécu comme une récompense méritée.
Mais quand c'est une institution comme je trouve en Amérique du Nord (poste à temps partiel chez Mac Do, Subway... vendre des oranges chaque année pendant 3 mois...) c'est autre chose. Ça devient trop important dans la vie de l'enfant.

Écrit par : Lilia | vendredi, 25 avril 2008

C'est intéressant ce qu e tu dis car je n'ai jamais réfléchi comme ça. j'ai travaillé tôt parce que j'avais besoin d'argent, bon c'était matrialiste mais mes parents avaient pas trop de sous et surtout j'ai vite voulu ne plus dépendre d'eux. je t'assure que ça m'a transformé!!! ça m'a donné de l'assurance, j'ait ravaillé pendant mes études pour qu'ils me foutent la paix sur ma vie et ça m'a rendu efficace et débrouillarde, contrairement à nombre de mes camaraeds qui étaient vite dépassées par les faits et par le travail. Aprèsn je suis devenue quelqu'un de normal, ni hyper consommatrice, ni hyper débrouillarde, mais j'ai aimé d'avoir du me débrouiller, et aussi le sentiment de liberté que ça donne.

Écrit par : babioles | vendredi, 25 avril 2008

Bienvenue ici Babioles. Tu trouves normal ton comportement puisque tu te juges avec tes propres yeux et dans ton contexte & culture.
La plupart des enfants du Tiers monde qui travaillent dans les usines et aux champs trouvent aussi ça normal.
Plusieurs sont reconnaissants d'avoir du travail.
Ce n'est pas pour autant que c'est "normal" dans l'absolu ou même moral.

Écrit par : Lilia | dimanche, 27 avril 2008

Très intéressant cet article Lilia ;-) Le truc c'est que c'est dans les "conditions de travail" qu'il y a une réelle différence pour le travail des mineurs. Si dans les pays développés, en général ils ne sont quand même pas dans des situations difficiles; ils font ça dans le cadre de projets pour leurs écoles ou afin de se faire de l'argent de poche. Ca m'étonnerait si les parents ou les responsables prennent tout ce qu'ils gagnent sans qu'ils aient un minimum de gratification que ce soit morale ou pécuniaire. En opposition, la situation est différente pour les enfants qui travaillent dans les pays pauvres. Pour la plupart, ils sont surexploités par les parents ou par des macs; les conditions de travail sont pénibles (enfants de 8 - 10 ans qui travaillent dans les champs ou les rizières, qui se prostituent ou qui dealent de la drogue). Dans ce cas, travailler dans des MacDo ou dans des supermarchés est à mon avis une situation plus que privilégiée par rapport à ces cas.
Faire connaître aux enfants à partir d'un certain âge la valeur du travail est à mon avis important (par exemple, qui n'a pas pendant son enfance aidé sa grand-mère ou ses parents pour une tâche et être satisfait des gratifications qu'on reçoit après?). Il est possible je pense de donner progressivement des tâches à faire pour l'enfant à chaque étape de son évolution vers l'âge adulte pour lui apprendre à se responsabiliser. Le tout est de bien savoir doser les choses à chaque fois. Et bien sûr, il y a toujours des cas où l'on a difficilement prise et qui nécessite un changement de fonctionnement de la société même: c'est le cas du travail des enfants dans les pays pauvres ...

Écrit par : trinitty | mercredi, 30 avril 2008

@ Trinitty. Bon, je me suis faite mal comprendre :8
je ne suis pas contre l'emploi des jeunes. Comme je l'ai dit, j'ai moi même eu des jobs d'été à 18 ans. Ce que je déplore ici, c'est l'état d'esprit. Il y a un pb de priorités à mon sens. Quoi qu'on en dise, je trouverais toujours anormal qu'une jeune de 17 ans finisse de travailler le soir à 22h ou minuit chez Subway (ou McDo) trois soirs par semaine, comme j'ai entendu encore hier.
Ceci pour payer ses livres d'école, son pass de métro-autobus ou pire, ses fringues de marque.
Je dis : "mais que font les parents ?"

Écrit par : Lilia | lundi, 05 mai 2008

bon pour détendre un peu, voici une vidéo des Têtes à claques, en parlant du réflexe des enfants à parler d'argent (vers la fin)
http://ca.youtube.com/watch?v=Rgvv9Wd6SqQ

Écrit par : Lilia | lundi, 05 mai 2008

 

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