« Les temps changent vite | Page d'accueil | L'été 2008 des Québécois »

mercredi, 18 juin 2008

Mères porteuses, Lactation induite, etc…

Mères porteuses
À 40 ans, Tabitha Trotter, habitant en Californie, a eu 10 enfants dont 3 pour elle et le reste pour d’autres… sur commande. Chaque enfant qu’elle a porté pour d’autres parents lui a rapporté 20.000 $. Mais bien sûr, elle dit qu’elle ne l’a pas fait pour l’argent mais pour aider quelques uns de ces nombreux parents qui ne peuvent pas avoir d’enfants par les voies naturelles.
Légalement, être mère porteuse est strictement interdit en France. Aux Etats-Unis, rien ne s’y oppose. Tandis qu’au Canada, c’est permis à condition qu’il ne soit pas question d’argent, disent les textes de lois.

Dans les faits, les avis s’opposent considérablement et chaque point de vue, que l’on soit Pour ou Contre, présente des arguments sensés et solides.
Moi je dis une seule chose. Le monde est bizarre et plein d’injustices. Entre les millions d’avortements volontaires que l’on compte chaque année sur la planète, et la détresse de ceux qui veulent un gamin à tout prix et qui n’y parviennent pas (démarches d’adoption interminables, vols et trafics d’enfants, procédés d’insémination couteux, mères porteuses…)

"Lait humain à vendre"
Revenons à Tabitha. En plus des 10 enfants qu’elle a portés, elle a allaité environ 30 autres bébés. Toujours dans un élan philanthropique, sinon plus encore puisque que cette fois-ci, elle le fait sans aucune compensation monétaire en échange. Juste parce qu’elle aime ça (ce que je comprends, l’allaitement est un moment tellement privilégié avec son enfant, son regard, ses caresses et tout :) )mais aussi parce que Tabitha affirme que ça lui permet de rester mince. Ce qui est d’ailleurs scientifiquement prouvé : allaiter permet de maigrir ou de garder sa bonne forme si on ne mange pas beaucoup plus par ailleurs, puisque c’est une dépense d’énergie supplémentaire quotidienne.

Ainsi, les vraies nourrices existent encore de nos jours. C’est un sujet tabou mais il semblerait que ce ne soit pas seulement les riches fortunés qui y ont recours (les stars d’Hollywood ultra occupées et soucieuses que leur physique ne soit pas altéré par l’allaitement). Plusieurs témoignent qu’entre copines, elles s’échangent les enfants pour les garder le temps d’une après-midi ou d’un week-end, à chacun son tour. Et à cette occasion, elles allaitent l’enfant de l’autre pour le calmer, par habitude ou pour le plaisir.

Les membres du corps médical s’opposent profondément à cette pratique qu’ils n’hésitent pas à qualifier de ‘barbare’. Même de ceux qui sont habituellement favorables à l’allaitement maternel. En fait, la raison principale qu’ils évoquent est d’ordre hygiénique. Plusieurs pathogènes peuvent se transmettre par le lait maternel, tel le HIV. Il aurait fallu que les femmes qui pratiquent cet allaitement parallèle passent une batterie de tests avant de le faire. Mais après tout (rétorquent les plus fervents), le lait maternel ne peut pas être moins bon que le lait de vache que l’on donne sans hésitation aux enfants ?

Lactation induite
Enfin, dernier volet de ce long billet, la lactation induite ou l’allaitement provoqué pour ces femmes qui n’ont jamais eu d’enfants. En général, il s’agit de mères adoptives qui désirent allaiter leur nouveau venu pour être plus proches, le plus possible comme si elles les avaient eus elles-mêmes. L’allaitement est provoqué en suivant un protocole assisté par un médecin, avec la prise d’hormones à des moments précis simulant ainsi le processus naturel de la grossesse. Là aussi, les spécialistes et le personnel responsable des adoptions ne sont pas favorables, allant jusqu’à dire qu’il ne faut pas singer la maternité. Citation extraite de l’article Allaiter son enfant adopté :

quote_o.gifLe Dr Jean-François Chicoine, qui pratique à la clinique de santé internationale de l'hôpital Sainte-Justine à Montréal, où sont envoyés la majorité des enfants adoptés à l'étranger par des Québécois, abonde dans le même sens. Ne mâchant pas ses mots, il commente: «Cela fait un peu soixante-huitard, granole psycho pop à l'américaine.»
(...)
Le concept de la lactation induite «satisfait beaucoup l'adulte», dit-il. Et cela l'inquiète: «Il y a quelque chose qui me dérange au niveau de ce qu'on essaye de reproduire. Cela part d'une bonne intention: faire pareil, donner l'équivalent. (...) Mais c'est une mère par adoption, pas une mère biologique. Il ne faut pas singer la maternité!»


La question reste donc soulevée : Est-on une meilleure mère parce qu’on allaite son enfant ?


Voici quelques pensées collationnées lors de mes lectures sur ces sujets qui me passionnent en ce moment. Je voulais les partager un peu avec vous.


___________
Ressources:
Toute l'histoire de Tabitha Trotter : le retour de la nourrice
Allaiter son enfant adopté : article de La Presse de Montréal
Protocole pour induire la lactation chez les mères adoptives : article de La Presse de Montréal

Publié dans Maternité | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook |

Commentaires

Il y a beaucoup de choses à dire sur cet article que je trouve vraiment très riche !

perso, je ne pourrais pas être mere porteuse ca c'est sur... Je trouve que Porter un enfant puis le mettre au monde, créer des liens vicéraux. Je ne peux pas m'imaginer confier ce petit être qui a grandi dans mon ventre à quelqu'un d'autres.

Par contre, allaiter un autre bébé cela me dérangerait moins, c'est bizarre mais je suis persuadée que le lait humain est ce qu'il y a de meilleur pour les humains ! Une journaliste chinoise a par exemple allaité 8 bébés dont les mamans sont mortes lors du tremblement de terre en Chine et là je dis bravo ! Idem pour la lactation induite, même si ce n'est pas naturel, cela ne me choque pas. Au contraire, j'admire les femmes qui prennent cette décision, étant passée par des phases de baisse de lait à cause du stress ou autre, je sais combien c'est galère de rebooster la lactation alors j'imagine ce que ça doit être si on a pas porté un enfant et que la lactation ne vient pas naturellement après l'accouchement.

quant à ta dernière question, je te dirai que pour ma part j'avais peur de ne pas savoir m'occuper de mon bébé. Avant d'être maman, mon boulot passait avant beaucoup de choses, j'étais tout le temps super speed. L'allaitement m'a donné l'occasion de me consacrer entièrement à mon fils (très demandeur, parfois il voulait téter toute la journée sans me donner une minute de répit) et je me dis qu'avec des bibs délaguables et régulés (1 bib toutes les 3 heures) cela aurait été différent. Mais je ne sais pas si avec un deuxième bébé je pourrai faire pareil ... en tout cas, quoi qu'on dise la meilleure maman pour ton bébé ce sera toujours toi ! et surtout il faut toujours écouter son coeur de maman ...

allez je squatte trop là ! gros bisous

Écrit par : Mia | jeudi, 19 juin 2008

Merci Mia, pour ta longue et constructive intervention.
C'est certain que le fait d'être mère soi-même change complètement la perception des choses, même si du point de vue éthique ces 3 dossiers sont très délicats. Ce qui s'est passé en Chine pour cette mère que tu racontes me laisse pensive et admirative.
Il y a beaucoup à dire sur ces points et je n'ai fait qu'éffleurer le sujet en voulant demeurer concise et assez neutre ;)

Écrit par : Lilia | jeudi, 26 juin 2008

Impossible pour moi de donner le bébé que j'aurais porté. Il est vrai que les miens étaient totalement les miens, si je ne fait pas d'erreur la mère porteuse ne donne pas ses ovules ?
Le seul rapport qu'elle a avec ces enfants est le fait de les avoir portés et c'est aussi très différent avec un enfant que l'on a conçu avec ses propres ovules.
Je laisse le choix aux femmes, pour peu que l'enfant reçoive tout l'amour dont il a besoin, car mon corps et mon esprit ne veulent plus porter d'enfants... par contre si on m'en donne un, alors là je le prends quand même !
Bisous Lilia et à bientôt

Écrit par : Marie Bland | dimanche, 29 juin 2008

@ Marie. Il y a celles qui sont entièrement porteuse donc prêtent leur corps à 100%, les futurs pères et mères donnent leur "ingrédients". Puis il y a celles qui reçoivent juste les spermatozoides du futur père (ou d'un autre homme), donc l'enfant est issu de son ovule.
Dans tous les cas, elle le porte pendant 9 mois pour s'en séparer ensuite, et c'est là toute l'affaire !
J'aime bien ta conclusion, c'est vrai que c'est un bonheur fou de s'occuper d'un enfant. Que ce soit les siens ou non. Ici les Canadiens adoptent beaucoup, je trouve ça très philanthrope et je leur tire mon chapeau.
Désolée pour mon délai de réponse, Marie. Période estivale oblige :)))))

Écrit par : Lilia | vendredi, 25 juillet 2008

 

© 2006 Copyright, Design & Textes de Lilia
Pour toute question, me contacter