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vendredi, 02 juillet 2010

L'effet Zeigarnik ou l'art de ne pouvoir oublier l’inachevé

LeavingComme on dit « on y pense tant que ce n’est pas fait »
L’effet Zeigarnik est le fait de ne pas pouvoir oublier les données d’un problème tant qu’il n’est pas résolu, ou tous les détails d’une tache par exemple, si elle a été interrompue en cours d’exécution ou tout simplement volontairement inachevée.

L’origine du nom
L’histoire remonte en 1927, à Vienne (les meilleures anecdotes en psychologie se déroulent toutes à Vienne :) La psychologue russe Bluma Zeigarnik est partie d’un simple constat. Alors dit-on, qu’elle était installée à la terrasse d’un restaurant, sirotant tranquillement son café. Elle a commencé à remarquer que le serveur était en mesure de se remémorer un nombre incalculable de commandes placées par les clients tant qu’il ne les avait pas servies. Par contre aussitôt que c’est fait, il les oubliait totalement, ne se souvenant même plus de ce qu’il venait juste de déposer sur la table du client qui patientait. Zeigarnik a, par la suite, approfondi ses recherches en procédant à différents tests. Les conclusions de ses travaux ont permis de clairement définir le phénomène psychologique qui, tout naturellement, finit par porter son nom : l'effet Zeigarnik.

La mémoire, on le sait, est sélective. Dans le cas du phénomène décrit ci-dessus notre cerveau mobiliserait tout un ensemble de moyens et motivations dans l’accomplissement d’une tache, à tel point que si on l’interrompt, on a un sentiment d’inachevé qui ne trouve soulagement que dans la réalisation intégrale. On garde donc en mémoire tous les éléments de la tache en cours pour être en mesure de la résoudre aussitôt que l’occasion se présentera, et cela tant et aussi longtemps que ce moment n’est pas arrivé. Cela crée une tension qui nous tient éveillé et motivé. Mais elle peut aussi culpabiliser et perturber, dérobant la tranquillité de notre quotidien.

C’est ainsi qu’on peut passer toute une nuit puis la fin de semaine à cogiter sur un problème qu’on n’a pas résolu au travail. À qui ça n’est jamais arrivé ?

Sur le plan professionnel, c’est cette tendance, bien maîtrisée, qui nous permet d’être multitâches et demeurer efficace tout en menant de front plusieurs projets. Dans le domaine comportemental, quelqu’un qui a compris ce phénomène peut l’exploiter dans ses relations avec les autres. Il peut par exemple au cours d’une conversation entamer un sujet, puis passer à un autre, soulever une interrogation, avant de revenir sur une autre pensée et ainsi de suite… afin de détourner l’attention de son interlocuteur, en limiter les argumentations et pouvant aller jusqu’à le déstabiliser, tout dépendant du but recherché. Ou on peut encore distraire une personne de ses soucis (familiaux, maladie…) en l’invitant à se concentrer sur la résolution d’un problème dans un domaine qui l’intéresse.

En amour aussi, l’équivalent de l’effet Zeigarnik semble exister. Celui qui ne peut oublier un amour qui n’a pourtant pas été consommé. La relation qui était en cours ayant mobilisé tous ses moyens affectifs et ses sentiments, le fait qu’on y ait mis fin prématurément (quelle qu’en soit la raison, existence d’une attirance mutuelle mais manque d’harmonie, tension de l’entourage qui ne veut pas de l’union, départ spontané de l’autre…) cela laisse un sentiment de vide et d’inachevé. L’esprit sait que ça ne pouvait pas marcher, mais le cœur s’en souvient encore et continue à pleurer, ne peut se résoudre à oublier. Avec le temps, il aurait même tendance à le sublimer.

Ceci dit, l’effet Zeigarnik n’apparaît que s’il y a une véritable motivation à l’origine de la tache ou de l’action entreprise. Et il peut être plus ou moins intense, durer plus ou moins longtemps dans le temps, en fonction de cet intérêt. Sinon il disparait et c’est l’indifférence.

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Pour aller plus loin :
L’effet Zeigarnik sur Définitions de psychologie
L’effet Zeigarnik sur Changing Minds.org (anglais)
Taches inachevées et effet Zeigarnik sur 43Folders (anglais)

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