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lundi, 09 août 2010

Qui s'empoisonne ?

René Magritte (1898–1967) - The Son of Man, 1964Depuis quelques temps, je me rends compte que je suis de plus en plus entourée d’une nouvelle génération de bobos (bourgeois bohèmes) : jeunes cadres dynamiques, ingénieurs ou autres diplômés fraichement sortis des grandes universités, véhiculant une philosophie précise aux idées bien arrêtées sur un certain nombre de sujets... Ils ont tous une chose en commun : sous des allures décontractées (cheveux mi-longs et/ou barbe plus que naissant), ils roulent à vélo la plupart du temps et surtout, ils mangent tous bio et santé.

Je n’ai rien contre le principe. Je fais moi-même attention à ce que je mets dans mon assiette et ce que prépare pour mes proches. Il fut un temps, je me faisais un devoir de ne manger que des fruits et légumes bios, que je me faisais livrer au bureau. Dernièrement, alors que je me remettais en question à plusieurs niveaux, c’est tout naturellement que je me suis demandée pourquoi je ne recommencerais pas à soutenir les producteurs locaux et acheter mes fruits et légumes bios comme avant.

C’est dans cette optique que je discute avec l’un de mes fameux collègues bobos. Tant qu’à recommencer je voulais me renseigner sur les autres options disponibles et comparer prix et services. Il me communique donc le site internet de l’association avec laquelle il fait affaire. Mais à la différence de l’entreprise que je connaissais qui livrait à l’adresse qu’on voulait, dans son cas il fallait se rendre à un des points de chutes dans la ville, selon une tranche horaire imposée, chaque semaine. Cela ne faisait pas mon affaire. Mais je ne lui ai rien dit sur le moment.

Deux ou trois semaines plus tard, mon collègue au milieu d’une conversation se met à demander : « Qu’est-ce que tu as décidé pour tes légumes bios locaux ? ». Un peu embarrassée (je regrette de lui en avoir parlé) je lui explique que je ne me suis pas encore décidée. Voilà qu’il me répond froidement, non il ne plaisantait pas : « En attendant, tu continues à t’empoisonner en achetant au supermarché »

Inutile de dire que j’ai été interloquée. Mon sourire habituellement sincère a dû se figer. L’affirmation me paraissait aussi incongrue et exagérée que déplacée, sachant que l’individu en question est un fumeur invétéré. Qui de nous deux s’empoisonne le plus, moi qui ne mange pas bios systématiquement (seulement de temps en temps) mais ne fume pas. Ou lui mangeant exclusivement des fruits et légumes bios mais fumant son paquet de cigarettes par jour ?

Cela m’a amenée à une série de réflexions.

Pourquoi quelqu’un décide-t-il de manger bio ?
1. Pour le goût des aliments ? Si oui, bien que j’aie effectivement relevé une certaine différence dans la saveur des produits bios (notamment pour les pommes et bananes, peut-être aussi les pommes de terre), les papilles gustatives c’est comme nos autres sens : on s’habitue à tout. La différence qu’on remarque au début s’atténue avec le temps, pour devenir commune et banale par la suite. Je trouve donc plus avantageux d’acheter bio seulement occasionnellement pour me récompenser et mieux apprécier la différence à chaque fois.

2. Si on le fait pour soutenir les petits agriculteurs locaux. Il s’agit d’un geste louable qu’il faut souligner. Mais leurs prix bien plus élevés se justifient-ils pour autant ? Leur label bio est-il fiable à 100% ? Aussi, je suis convaincue qu’ils écoulent leurs produits par d’autres moyens que la vente directe, ce qui nous reviendrait à un moindre coût. En un mot, je pense qu’il faut être un idéaliste rêveur (qui se fait doucement avoir) pour continuer à acheter directement aux producteurs au vu des tarifs qu’ils nous imposent. En considérant le sujet sous cet aspect, il vaut mieux acheter bios au supermarché.

3. Enfin si on le fait pour notre santé, je doute que les produits bios soient si bénéfiques. En sachant qu’au Canada (et en Europe ou en Amérique du Nord en général) les standards de qualité pour l’alimentation vendue en supermarchés et différents marchés sont assez élevés, sans avoir à accéder aux produits bios. Ainsi quand on fait un rapide calcul, en admettant que le label bio soit réellement respecté (non utilisation d’engrais et produits chimiques, sans pesticides… voir définition de l’agriculture bio), le gain sur notre santé serait de quel ordre ? Peut-être qu’on observerait une amélioration de 1% par rapport à une alimentation ‘normale’ non bio. Mais d’un autre côté, si on allie une alimentation équilibrée (sans nécessairement être bio) avec une activité physique en faisant du sport sur une base hebdomadaire, et en s’abstenant de fumer, aux dires des médecins le gain sur la santé est facilement de l’ordre de 10%.
Qui est le plus gagnant sur tous les plans (santé et financier) ?

Publié dans Recettes de cuisine, Vivre au Québec | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook |

Commentaires

Merci de ta visite sur mon blog.

Bon, tu as apparemment rencontré, dommage pour toi, un écolo-intégriste. Ce serait dommage que ça te détourne du bio... Je ne comprends pas ton idée de "manger bio seulement de temps en temps" pour apprécier le changement de goût. C'est vrai que manger de la daube parfois par accident ou par obligation permet de mieux apprécier la différence. Mais le faire exprès?

Soutenir les agriculteurs locaux en leur payant le juste prix, même s'il est (cela reste à voir) plus élevé qu'en supermarché, si on en a les moyens pourquoi pas? Nous n'achetons presque jamais nos légumes en grande surface, ils n'y sont pas moins chers qu'au marché ou à la halte fermière locale, ils sont seulement plus "beaux" or comme on dit "La beauté ne se mange pas en salade".

Il faut tenir compte, dans le prix, de la notion de matière sèche: quand des champignons ou des oignons, achetés en promotion au carrouf du coin se retrouvent, en deux minutes de cuisson, à flotter littéralement sur l'eau dont ils étaient gavés... tu as payé l'eau au prix des oignons, ça fait cher. C'est visible pour les oignons et les champignons, mais complètement invisible pour les autres légumes et les fruits, cela arrive même avec la viande!

Il faut tenir compte aussi de la notion de valeur nutritive, c'est à dire de la teneur en oligo-éléments et vitamines. Et là, tu es vraiment très mal informée de l'agriculture bio, qui ne consiste pas seulement à supprimer les pesticides (ce serait déjà bien), mais aussi à cultiver différemment, à respecter les mécanismes nutritifs naturels de la terre, sa vie microbienne, et bien d'autres choses. La suppression des pesticides, par contre, permet de garder la totalité des céréales (assise protéique par exemple) donc de manger moins de viande, surtout si on associe à des légumineuses, plus riches en protéines que la viande elle même.

Bah, je vais pas t'infliger mon discours plus longtemps au risque de devenir moi-même écolo-intégriste, après tout, tu te poses des questions tout à fait pertinentes, y compris sur le respect des labels, le déséquilibre actuellement énorme en France entre l'offre bio, qui stagne à un très bas niveau, et la demande qui ne cesse de croître peut faire craindre des dérives.

Écrit par : cultive ton jardin | mardi, 10 août 2010

Je mange bio quand je peux, je suis inscrite à un panier que je vais chercher à un point de chute, je ne suis pas intégriste de rien du tout. Mais manger bio, ce n'est pas seulement manger, c'est aussi préserver la qualité de la terre qui produit les aliments, la diversité de la faune et de la flore. C'est une façon de préserver notre avenir et celui de nos enfants. A l'échelle individuelle ça peut sembler "bobo" mais il faut penser plus globalement ...

Écrit par : Malijai | vendredi, 13 août 2010

 

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