lundi, 06 novembre 2006

Cobayes humains

Pills and capsulesParmi nos connaissances au Québec, nous avons un ami qui travaille chez Anapharm en tant que laborantin. Avant de le rencontrer, je ne connaissais rien au monde des laboratoires de recherches cliniques. Ce que j’apprends de cet univers est quelque peu bouleversant et soulève énormément de questions d’éthique auxquelles je n’ai jamais été confrontée.

La particularité de ces agences d’études cliniques est qu’elles expérimentent les médicaments directement sur des candidats humains tous volontaires : des cobayes humains rémunérés.

Les études cliniques sont classées en 4 catégories, de la Phase I à IV, selon le stade expérimental de la substance à tester. Le candidat est invité à tester le médicament à l'une des phases d'éxpérimentation à la fois (souvent en Phase III)

En Phase I, la plus dangereuse, on expérimente le médicament pour la première fois sur un être humain (vous donc, si vous vous présentez comme candidat). N’ayant été testé que sur des animaux jusque là, ou seulement avec des données pré cliniques disponibles, on ne sait pas ou peu l’effet qu’il aura sur un être humain. En général, ces études sont mieux rémunérées, mais vous prenez aussi plus de risque et vous signez une décharge le reconnaissant. Mon ami me racontait que dans ce cadre-là, son laboratoire devait essayer un nouveau médicament qui nécessitait l’arrêt du cœur du patient pendant quelques secondes, pour le faire repartir après grâce au médicament.
Comme il s’agissait d’un test (donc au résultat aléatoire), toute une équipe de réanimation se tenait prêt au cas où le cœur ne repartait pas à battre comme prévu. Cette étude-là était proposée contre une indemnité compensatoire de plus de 20.000 $.

Les études de la Phase II ont pour but de tester l'efficacité d’un nouveau traitement déjà testé au niveau I, d'identifier sa dose optimale (en relation avec son efficacité) et de contrôler les effets secondaires qu'il occasionne.

La Phase III est la phase de comparaison (bioéquivalence), on testera l'efficacité du nouveau traitement par rapport à celle du meilleur traitement connu, c'est-à-dire le traitement de référence. Ces études à cette étape-ci sont de grande envergure car elles doivent être à même de détecter une éventuelle différence entre les deux traitements qui peut être petite; elles impliquent beaucoup plus de volontaires. C’est le type d’études le plus pratiqué.

La Phase IV que je qualifierais de moins ‘risquée’ s’attache à tester les effets secondaires ou à long terme d’un médicament déjà en circulation sur le marché. Elles ont pour but de mesurer l'efficacité et la non toxicité à long terme ainsi que l'apparition éventuelle d'effets secondaires rares. De nouveaux dosages et indications peuvent être également testés.

PilulesLes candidats sont tous volontaires et séjournent à plein temps dans les centres d’études durant la période de test. La rémunération varie en fonction des contraintes imposées au candidat : nombre et fréquence des prises de sang, moments où elles sont effectuées (des fois plusieurs fois en pleine nuit), types de régimes alimentaires (toujours fournis) imposés… et bien sûr le risque de vie ou de mort qu’on prend en Phase I notamment. La rémunération se situe entre 300 et 2.000$ à l’exception des études en Phase I, qui ‘rapportent’ plus.

C’est naturellement que j’en vins à me poser la question si j’aurais participé à ces études cliniques, et proposer mon corps au service de la communauté, d’une certaine manière.


Les laboratoires tels qu’Anapharm et ses concurrents font beaucoup de publicité ici pour trouver des candidats pour leurs études. Il y a sans cesse des études en cours qui nécessitent des volontaires. Ces études font considérablement avancer la science et la recherche pharmaceutique. Pour des raisons d’éthique, il semblerait que ces laboratoires canadiens réalisent les études pour beaucoup de clients français. La législation canadienne serait moins restrictive en la matière. Beaucoup de médicaments qui sont donc maintenant en libre circulation en France ont bénéficié des tests réalisés sur des êtres humains au Canada.

Mais détrompez-vous (moi aussi j’ai vite déchanté), la plupart des participants aux études (sinon la quasi-totalité) ne le font pas pour l’avancement de la science. Mais uniquement pour l’argent. En général, ils appartiennent soit à la classe moyenne composée d’artistes non professionnels (à revenus aléatoires) ou carrément des clochards mais tout de même en bonne santé, seule véritable critère de sélection. Études après études, ce sont en général les mêmes qui reviennent. Ce qui a d’ailleurs amené les laboratoires à imposer une période d’attente de 30 à 90 jours entre deux études. Pour que les traces du médicament testé puissent disparaître complètement de l’organisme, et permettre au volume sanguin de se régénérer, en fonction du prélèvement qui a été effectué lors de l’étude précédente.

Personnellement, après réflexion et longues discussions avec mon entourage, j’ai résolu que je n’aurais pas participé à ces études (même si j’avais urgemment besoin d’argent) pour les mêmes raisons que je ne fume pas ou ne me drogue : je ne voudrais pas souiller mon corps de substances plus ou moins nocives à effet plus ou moins attendus. Mais c’est mon choix et je sais que c’est une question de conscience. Dans le même temps, il est toujours gênant de réaliser que si tout le monde réagissait comme moi, la science stagnerait. En effet, saviez-vous que absolument tous les médicaments actuellement sur le marché sont passés par ces étapes d’expérimentation : de l’aspirine aux médicaments de traitement du cancer.

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